Etude de roman (France)
Désert - J.M.G. Le Clézio, 1980
Leonoor T.
1) Présentation de l’auteur
Biographie de Jean-Marie Gustave Le Clézio
Jean-Marie Gustave Le Clézio est aujourd’hui reconnu comme un des grands maîtres de la littérature francophone. Ses œuvres les plus connus sont Le Procs-verbal (1963), Mondo et autres histoires (1978), Le chercheur d’or (1985), Printemps et autres saisons (1989), Poisson d’or (1997) et surtout Désert (1980). écrivain secret, rêveur et nomade, il dénonce dans ses œuvres la civilisation urbaine agressive, remet en cause la société occidentale matérialiste, défend les minorités amérindiennes et africaines dont les légendes le passionnent et soutient la lutte Écologique.
Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice le 13 avril 1940 d’une famille bretonne émigrée à l'île Maurice au XVIIIe siècle. Son père est Raoul Le Clézio, médecin de brousse anglais en Afrique, et sa mère est Simone Le Clézio, de nationalité française et mauricienne.
Il effectue ses études littéraires à Nice, Aix-en-Provence, puis à Londres et à Bristol. Il devient célèbre à 23 ans avec un prix Renaudot en 1963 pour son roman Le Procs-verbal. En 1967, il fait son service militaire en Thaïlande en tant que coopérant mais est rapidement expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine est envoyé finir son service au Mexique. Il se prend de profonde passion pour cette région et les Amérindiens. Il Étudie ainsi le maya et le nahuatl et partage la vie des Indiens Emberas et Waunanas au cœur de la jungle panaméenne de 1970 à 1974, ce qui la marquera fortement. Après un premier mariage en 1961 avec Rosalie Piquemal avec qui il a une fille, Patricia, il se marie en 1975 avec Jémia Jean, originaire du Sahara occidental et mère de sa deuxième fille, Alice. En 1977, Le Clézio publie une traduction des Prophéties du Chilam Balam, ouvrage mythologique maya et devient un spécialiste du centre du Mexique.
En 1980, Le Clézio reçoit le Grand prix de littérature Paul-Morand, décerné par l’Académie française, pour son roman Désert. En 1990, il fonde en compagnie de Jean Grosjean la collection L’Aube des peuples, chez Gallimard, dédiée à l’Édition de textes mythiques et Épiques, traditionnels ou anciens. Il étudie l’histoire, la mythologie et les rites chamaniques de la Corée. En mars 2007, il est l’un des quarante-quatre signataires du manifeste Pour une littérature-monde, qui invite à la reconnaissance d’une littérature de langue française qui ne relèguerait plus les auteurs francophones dans les marges et à retrouver le romanesque du roman. Le prix Nobel de littérature est décerné à Le Clézio en 2008, en tant qu’ écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante. Il est promu officier de la Légion d'honneur le 1er janvier 2009.
Fiche descriptive des pays d’origine de Le Clézio
Jean-Marie Gustave Le Clézio dispose de la double nationalité française et mauricienne. Il se considère lui-même comme de culture mauricienne et de langue française. C’est pour cela que j’ai choisi de présenter brièvement l’île Maurice et la France.
- La République Française est un pays d’Europe de l’ouest membre de l'Union européenne actuellement dirigée par le président Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon. Sa devise nationale est Liberté , Egalité, Fraternité, sa fte nationale est le quatorze juillet, sa religion la plus répandue est le catholicisme, et sa langue officielle est le français même si de nombreuses autres langues sont parlées sur son territoire. La capitale de la France est Paris, c’est aussi la ville la plus visitée du monde. Le pays, en incluant les territoires situés outre-mer, a une superficie de 675 417 km2 et une population de 65,1 millions d’habitants. La France est un pays capitaliste classé huitième puissance Économique mondiale selon le calcul du produit intérieur brut en parité de pouvoir d'achat et cinquième selon le critère monétaire traditionnel. Elle est l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et fait partie du Groupe des huit (G8), de l'Organisation de coopération et de développement Économiques (OCDE), de la Francophonie et de l'Union latine. La France possède l'une des principales forces armées d'Europe et est une puissance nucléaire membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Elle est également la première puissance spatiale d'Europe.
- Maurice, autrefois l'île de France, est une île tropicale à l’économie Émergente du sud-ouest de l'Océan Indien qui est située au cœur de l'archipel des Mascareignes, près de Madagascar et de la Réunion. Après avoir obtenu son indépendance de l’empire britannique en 1968, elle fonde le 12 mars 1992 la République de Maurice avec plusieurs petites îles et récifs dont Rodrigues et les archipels de Cargados Carajos et d’AgalÉga. La capitale de la République de Maurice est Port-Louis, son président est Anerood Jugnauth et son premier ministre est Navin Ramgoolam et sa devise, en latin, est Stella Clavisque Maris Indici, ce qui signifie L’Étoile et la clef de l’Océan Indien. La population de l'île Maurice est le résultat de plusieurs vagues d'immigration, d'abord les colons français, ensuite les esclaves venus d'Afrique, les Chinois comme commerçant et finalement, les Indiens amenés de gré ou de force dans l'île pour travailler dans les champs de canne à sucre. Les langues principales du pays sont l’Anglais, le Français et le créole. Le dodo, un oiseau disparu, est son emblème.
2) Résumé de l’histoire
Dans son roman Désert, J.M.G. Le Clézio raconte deux histoires inter croisées : celle de Nour, un jeune garçon qui est témoin de la résistance de son peuple à l’invasion coloniale au début du XXme siècle, et celle de Lalla, lointaine descendante par sa mère de ces « hommes bleus », qui résiste aussi à sa façon aux artifices de l’Occident moderne.
La première histoire est celle des « hommes bleus », de fiers guerriers nomades du désert saharien qui vivent en parfaite harmonie avec la nature. Durant l’hiver 1909-1910, de nombreuses caravanes touaregs, harassés et chassés du Sud par les soldats chrétiens, dont celle de Nour, se rassemblent en des campements qui s’Étendent autour de la ville sainte de Smara, dans la vallée de la Saguiet el Hamra. Ils sont inquiets de l’avance des troupes des colonisateurs et veulent entreprendre derrière leur cheikh une guerre sainte contre l'envahisseur. Guidée par le grand cheikh Ma el Ainine, l’immense caravane des « hommes bleus », part vers le Nord à la recherche des terres qui leur sont promises. Nour, sans arrêt en train d’observer tout ce qui se passe dans la caravane, devient alors le guide et l’ami d'un vieux guerrier aveugle. Décimés par la maladie, la soif et la faim au cours de leur long périple à travers le désert, les « hommes bleus » sont chassés et traqués par les colonisateurs Français sans relâche puis, peu après la mort du grand cheikh, impitoyablement massacrés au printemps 1912. Les derniers cavaliers maures sont mitraillés par les hommes du colonel Mangin et les survivants retournent vivre dans le désert.
La deuxime histoire se passe dans les années 1960-1970 et a pour protagoniste la jeune Lalla, orpheline née dans le désert du Sahara occidental qui a pour ancêtres les « hommes bleus » dont elle porte le souvenir. Elle vit une enfance heureuse dans un bidonville d’une grande ville du sud marocain, chez sa tante paternelle Aamma. Marquée par la puissance et la beauté de la nature et des légendes, Lalla aime se promener seul dans les dunes et se baigner dans la mer Méditerranée , ou bien elle s’aventure plus loin dans le désert à la recherche d’un être invisible et mystérieux qui la protège et la guide et qu’elle nomme Es Ser, le Secret. Lalla adore aller voir Naman, un vieux pêcheur, qui lui raconte des histoires sur la mer et les voyages qui la font rêver. Son plus grand ami est le Hartani, un jeune berger muet et exclu de la société qui lui fait découvrir les endroits magiques du désert et qui lui raconte, lui aussi des histoires. Mais après la mort de Naman, et devant la menace d’un mariage forcé avec un riche homme de la ville qu’elle déteste, Lalla décide de fuir avec le Hartani dans le désert. Cependant cette évasion échoue et Lalla émigre en France où elle échoue dans le sordide quartier du Panier à Marseille où elle découvre « la vie chez les esclaves ». Tout en étant enceinte du Hartani, elle travaille d’abord comme femme de ménage dans un hôtel de passe sale et délabré puis devient une célèbre cover-girl. Lalla témoigne de la misère et de la violence de la vie de certains immigrés pauvres, elle rencontre des mendiants, des ivrognes, des prostituées et assiste à des batailles dans les rues et devient l’amie d’un jeune mendiant gitan, Radicz. Celui-ci est tué sous ses yeux, écrasé par un autobus alors qu’il fuyait la police après une tentative de vol. Mais la rudesse et la cruauté de son exil douloureux à Marseille ne peuvent éteindre sa foi religieuse ancestrale et sa passion du désert. Descendante du peuple mythique des « hommes bleus » et fille de Lalla Hawa, Lalla retourne au Maroc pour mettre au monde sa fille qu’elle nomme également Lalla Hawa et retrouve le bonheur perdu.
3) Cinq mots qui évoquent le livre
- « Désert » parce que c’est dans le désert que se déroule la plupart de l’histoire et parce que la vie et les croyances des « hommes bleus » et de leur descendante sont intimement liés au magnifique et rude désert saharien du sud marocain qui les passionnent et les effrayent à la fois.
- « Méditerranée » car c’est le mot long, beau et apaisant qu’aime chantonner Lalla, sans savoir ce qu’il veut dire, lorsque, petite, elle se promène rêveuse et solitaire sur la plage en regardant la mer.
- « Al Azraq, l’Homme Bleu » parce qu’il est l’homme saint dont Nour découvre le tombeau dans la vallée de la Saguiet el Hamra avec son père et dont Aamma raconte les légendes à Lalla. Il enseigne aux hommes la voie de la sagesse et la foi musulmane, notamment au grand Ma el Aïnine qui dirige les hommes bleus par la suite, et a reçu d’Allah des pouvoirs extraordinaires lui permettant d’accomplir des miracles et d’aider les pauvres et les malheureux.
- « Légendes « car Le Clézio nous invite dans un univers où les « hommes bleus » semblent être un peuple mystique guidé par la puissance de leurs légendes (comme les histoires de Naman à propos d’amitiés entre dauphins et pêcheurs ou bien les miracles accomplis par Ma el Aïnine et Al Azraq), par leur amour pour le désert, terre de mirages, par la certitude de leur appartenance, et par la valeur fondamentale de la mémoire de leurs ancêtres.
- « Emigration » parce que c’est un thème central à l’histoire de Lalla, qui ressent son Émigration à Marseille comme un exil douloureux et cruel loin de ses terres ancestrales et témoigne de la difficulté de la vie dans le quartier du Panier à Marseille.
Proposition d’un autre titre au livre
Je propose Liberté comme autre titre à ce roman parce qu’il raconte comment un peuple mythique du désert saharien, les « hommes bleus », ont lutté contre les occidentaux pour leur liberté et leur bonheur, que ce soit au début ou à la fin du XXme siècle. Ainsi, la tribu de Nour fait partie de l’immense caravane menée par le grand cheikh Ma el Aïnine qui est décimée par les colonisateurs français. Mais le peuple nomade et exclu que sont désormais les Touaregs continue à se battre pour sa liberté par leurs descendants, comme la jeune et courageuse Lalla, bien des années plus tard. Lalla résiste aux artifices de l’Occident moderne et semble mme triompher car elle parvient à ne pas rester prisonnière du Panier, à se sentir libre malgré son exil douloureux à Marseille. Elle accorde peut d’importance à l’argent, qu’elle préfère donner aux plus démunis, et refuse de se couvrir de gloire en coupant court sa carrière de célèbre cover-girl. Elle n’offre ainsi aux « civilisés » que son image fascinante et choisit de donner naissance à sa fille au Maroc plutôt qu’en France.
4) Etude du personnage de Lalla
Lalla est l’héritière des « hommes bleus « et des femmes du désert. Son prénom signifie « madame » en arabe. En nommant ainsi son personnage, Le Clézio fait de Lalla le symbole des femmes arabes, simples et fières, qui luttent pour conquérir leur liberté et pour préserver leur identité parfois menacée. Il est proche du prénom « Laila », qui signifie « la nuit » en arabe. Ainsi, le personnage principal masculin du roman, Nour dont le prénom signifie « lumière » en arabe et qui est associée au jour, s’oppose au personnage principal féminin, Lalla, qui est symboliquement associée à la nuit et aux forces de son corps qui lui permettent de donner la vie.
Lalla est très belle et majestueuse. Elle porte la force et l’Éclat brélant du désert dans son regard d’aigle. Ses yeux sont pareils à deux silex, couleur de métal et de feu, et son magnifique visage pareil à un masque de cuivre lisse. La lumière est ardente sur sa peau, sur ses pommettes saillantes, sur ses lèvres, sur son corps long et lisse et sur les lourdes boucles de ses cheveux noirs. On sent l’inquiétude derrière la force de sa lumière. Il y a aussi la méfiance, l’instinct de fuite, cette sorte de drôle de lueur qui traverse par instant les yeux des animaux sauvages.
Lalla est marquée par la puissance et la beauté de la nature. Elle est passionnée par le désert et la mer Méditerranée dont elle chantonne souvent le nom. Elle passe son temps à se promener dans les dunes, à se baigner dans la mer, joue avec les fourmis, les mouches, les guêpes, les lézards et les crabes mais sans jamais leur faire le moindre mal.
Lalla est une jeune fille rêveuse et imaginative : petite, elle adore écouter les légendes merveilleuses de ses ancêtres que lui racontent sa tante paternelle Aamma, ou bien les aventures en mer et les voyages des pêcheurs que lui raconte Naman. Elle rêve qu’une grande mouette blanche est en fait un prince des mers dont elle tente de deviner le nom. Elle s’imagine un être invisible et mystérieux, Es Ser, le Secret, que nul ne connaît, qui n’existe que pour elle et qui est une force du désert qui l’entoure, la protège et la guide.
Lalla se bat toute sa vie pour sa liberté : elle se rebelle contre la marchande de tapis, Zora, lorsqu’elle maltraite les filles plus faibles qu’elle travaillant dans l’atelier de tissage, puis elle fuit un mariage arrangé avec un riche homme de la ville qu’elle méprise et déteste pour partir dans le désert quelque temps avec le Hartani. Lalla résiste aux artifices de l’Occident moderne, refusant la société de consommation et la célébrité, et parvient à se libérer de la misère du quartier du Panier pour finalement retourner au Maroc.
Lalla est solidaire des exclus. Ainsi elle aura un enfant du Hartani, jeune berger que redoutent les gens car il communique de manière magique avec le désert. Elle se lie d’amitié avec Radicz, un gitan qui est lui aussi exclu et pauvre, et qu’elle invite un jour au restaurant, dépensant à sa plus grande joie le peu d’argent qu’elle a gagné. Elle gagne de l’argent en étant mannequin, mais cet argent ne l’intéresse pas, elle préfère le donner aux mendiants, aux gitans et aux clochards plutôt que le garder pour elle.
5) Mon expérience de lecture
J’ai beaucoup aimé lire le roman Désert de J.M.G. Le Clézio car je trouve que c’est un livre magnifique, puissant et poétique. Si c’est un long roman, il fait environ 440 pages, dont le rythme de la narration est plutôt lent et l’Écriture pas toujours Évidente, Désert reste un livre splendide car il est Écrit de faon trs subtile et intéressante. C’est un roman captivant qui fait voyager et Émeut le lecteur. Désert est un livre qui m’a envoûtée et qui m’a permis de m’Évader dans le désert saharien au sein d’un peuple mythique, celui des « hommes bleus » à travers une Écriture chargée de sens, de couleur, de beauté, de sensations et d’Émotions. Le Clézio décrit avec poésie la vie dure et magique de ces Touaregs a jamais libres qui luttent contre les colonisateurs, le poids de leurs légendes et croyances et le rude mais magnifique désert qui rythme leurs existences.
Le roman Désert commence ainsi, par un passage qui nous permet de voir la beauté mystérieuse et la dureté des « hommes bleus ». Hommes, femmes et enfants Touaregs semblent être des nomades Éternels, libres et intemporels, qui marchent sans s’arrêter et depuis toujours à travers les dunes du Sahara en suivant les chemins de leurs ancêtres.
« Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi caches par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tte de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garons. Les femmes fermaient la marche. C’Étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts semblait encore plus sombre dans les voiles d’indigo.
Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder o ils allaient. Le vent soufflait continument, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour d’eux, entre les pattes des chameaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur leurs yeux. Les jeunes enfants couraient, les bébés pleuraient, enroulés dans la toile bleue sur le dos de leur mère. Les chameaux grommelaient, éternuaient. Personne ne savait où on allait.
Le soleil Était encore haut dans le ciel nu, le vent emportait les bruits et les odeurs. La sueur coulait lentement sur le visage des voyageurs, et leur peau sombre avait pris le reflet de l’indigo, sur leurs joues, sur leurs bras, le long de leurs jambes. Les tatouages bleus sur le front des femmes brillaient comme des scarabées. Les yeux noirs, pareils à des gouttes de métal, regardaient à peine l’Étendue de sable, cherchaient la trace de la piste entre les vagues des dunes.
Il n’y avait rien d’autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s’il n’y avait personne sur les dunes. Ils marchaient depuis la première aube, sans s’arrêter, la fatigue et la soif les enveloppaient comme une gangue. La sécheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. La faim les rongeait. Ils n’auraient pas pu parler. Ils étaient devenus, depuis si longtemps, muets comme le désert, pleins de lumière quand le soleil brille au centre du ciel vide, et glacés de la nuit aux étoiles figées.
Ils Étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils Étaient apparus, comme dans un rêve, en haut d’une dune, comme s’ils étaient nés du ciel sans nuages, et qu’ils avaient dans leurs membres la dureté de l’espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur o luit le soleil, les nuits froides, les lueurs de la Voie lactée, la lune ; ils avaient avec eux leur ombre géante au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés touchaient, l’horizon inaccessible. Ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux.
J’ai beaucoup aimé ce passage du livre car la joie que Lalla éprouve à se baigner me rappelle mon propre amour pour l’océan: « Lalla court sur la terre encore froide, aussi vite qu’elle peut, elle va à travers champs, le long du sentier Étroit qui conduit à la mer. Quand elle arrive en haut des dunes, le vent de la mer la frappe si violemment que ses narines se ferment et qu’elle titube en arrière. La mer est sombre et brutale, mais le ciel est encore d’un gris doux, si léger, que Lalla n’a plus peur. Elle se déshabille vite, et sans hésiter, elle plonge la tête la première dans l’eau. La vague qui déferle la recouvre, cogne sur ses paupières et dans ses tympans, pénètre dans ses narines. L’eau salée emplit sa bouche, coule dans sa gorge. Mais Lalla n’a pas peur de la mer, ce jour-là, elle boit l’eau salée à grandes gorgées, et elle sort de la vague en vacillant, comme ivre, aveuglée par le sel. Ensuite elle retourne dans la vague, et elle nage longuement, parallèlement au rivage, ses genoux raclant le sable quand la mer se retire, puis portée en haut de la vague qui se gonfle autour d’elle. »
Dans son roman Désert, J.M.G. Le Clézio dénonce la misère de certains immigrés, ainsi que leur abandon et leur oubli par la société, avec un réalisme âpre. La société urbaine est montrée violente et grossière. L’auteur donne une image noire de la vie des immigrés, de leur pauvreté et de leur détresse, tout en montrant la solidarité qui règne entre eux. Certains passages de ce livre m’ont vraiment choqué et m’ont fait réfléchir à l’amplitude des inégalités entre différentes populations, qu’elles se trouvent éloignées ou bien au contraire très rapprochées. Les malheurs de certains immigrés et ce à quoi ils les conduisent à faire, notamment le vol, le meurtre, la prostitution, l’alcoolisme et la drogue, m’ont révoltée car ce sont des problèmes graves auxquels je pense qu’on ne donne pas suffisamment d’attention. Ce passage à la page 310 m’a particulièrement heurtée et dénonce l’indifférence que leur témoigne le reste de la société:
« ils sont là, partout, assis contre les vieux murs noircis, tassés sur le sol au milieu des excréments et des immondices : les mendiants, les vieillards aveugles aux mains tendus, les jeunes femmes aux lèvres gercées, un enfant accroché à leur sein flasque, les petites filles vtues de haillons, le visage couvert de croûtes, qui s’accrochent aux vêtements des passants, les vielles couleur de suie, aux cheveux emmêlés, tous ceux que la faim et le froid ont chassés des taudis, et qui sont poussés comme des rebuts par les vagues. Ils sont là, au centre de la ville indifférente, dans le bruit saoulant des moteurs et des voix, mouillés de pluie, hérissés par le vent, plus laids et plus pauvres encore à la lueur mauvaise des ampoules électriques. »