Etude de roman (Maroc)
La civilisation, ma mère – Driss Chraibi, Maroc, 1972
Solène C.
L’auteur : Driss Chraïbi né le 15 juillet 1926 a El Jadida (Maroc) et mort en 2007 dans la Drôme (France) où il résidait. C’est un auteur marocain de langue française. Il vint à Paris en 1945 pour étudier la chimie avant de se tourner vers la littérature et le journalisme. Il enseigne ensuite la littérature maghrébine à l’Université Laval à Québec. Driss Chraïbi fait ensuite une brillante carrière d’écrivain, une quinzaine de livre dont La civilisation, ma mère en 1972. Il a écrit des livres policiers, historiques et sur la société marocaine. Il a reçu de nombreux prix littéraires dont celui de l'Afrique méditerranéenne pour l'ensemble de son œuvre en 1973 ; le Prix de l'amitié franco-arabe, en 1981; le prix Mondello pour la traduction de Naissance à l'Aube en Italie.
Résumé : Deux fils entreprennent de transformer la vie de leur mère. Ce livre est donc divisé en deux parties (être et avoir) où les fils narrateurs parlent de leur mère. Dans la première partie, le cadet raconte l’histoire alors que dans la seconde partie l’aîné devient à son tour narrateur. Dans la première partie, la mère orpheline, épouse un monsieur à 13 ans qui pourrait être son père. Elle n’a pas d’éducation. Elle vit recluse chez elle sans regard sur le monde extérieur. Ses fils font les courses pour qu’elle prépare le repas. Elle coud elle-même ses vêtements, fabrique ses savons. Elle a une grande capacité à rêver et s’imagine un monde à elle. Les deux frères ont un immense amour pour leur mère, ils la protègent car elle est douce et pure. Ils lui achètent ses premières chaussures, elle qui a toujours marché pied nus, la coiffent, l’habillent. Ils la protègent car leur père est souvent absent. En parallèle arrivent chez eux des innovations techniques (la radio, le téléphone) qui vont bouleverser la vie de la mère. Elle découvre donc la modernité. Puis ses fils la font sortir de chez elle, lui font découvrir le parc puis le cinéma. Elle découvre ainsi le monde extérieur. Elle apprend également à lire et à écrire, apprend l’histoire et la géographie. Cette mère, qui était enfermée chez elle, était surtout prisonnière de son ignorance. Grâce à l’amour extraordinaire de ses enfants, elle va renaître. Mais le narrateur, le fils cadet part poursuivre ses études en France. Le roman change de narrateur, l’aîné, Nagib poursuit le récit. Il a arrêté ses études. On rentre dans la deuxième partie du roman « avoir ».La mère est désespérée par le départ de son fils qui continue ses études a Paris. Elle s’engage politiquement. Elle suit l’invasion allemande et espère rencontrer de Gaulle qui est venu à Casablanca. Elle est en révolte contre son mari, lui fait comprendre qu’elle a changé. Puis la mère obtient des diplômes et entreprend de libérer les autres femmes en faisant partager sa science. Pendant la guerre, elle sillonne le pays pour ameuter ses sœurs. La mère s’émancipe de plus en plus. Ses études la mènent suffisamment loin pour qu’elle puisse quitter son pays et son mari pour rejoindre son fils cadet à Paris accompagné de son fils aîné, Nagib. C’est même elle, qui lui paiera la traversée en bateau.
Personnage : La mère m’a paru un personnage important et intéressant. La mère était orpheline. D’abord servante, elle est ensuite mariée à un homme qui pourrait être son père. Dans ce roman, on a une évolution de la mère. Au début elle ne sort pas de chez elle, elle ne connaît rien à la vie extérieure, ses fils lui apprennent des choses, lui font découvrir le monde. Ses fils et les innovations techniques lui font prendre conscience qu’elle existe, qu’elle a le droit de vivre, d’être heureuse. Puis elle s’enrichit en voulant apprendre, obtient des diplômes et veut libérer les autres. Elle s’ouvre au monde. Elle évolue, elle s’intéresse sort de chez elle. Dans « être » la mère essaie de survivre au quotidien alors que « avoir », renvoie à son désir de lutter, de prendre conscience, de découvrir et de posséder le monde dans lequel elle vit.
Mes impressions : Beaucoup d’éclats de rire, de l’humour, de la tendresse entre la mère et ses fils se dégagent de ce livre. Il n’y a aucune méchanceté envers l’ignorance de la mère. Par exemple lorsqu’elle apporte à manger à la radio, lorsque ses enfants lui achètent des chaussures et qu’ils lui réapprennent à marcher, elle parle aux objets comme si c’étaient des personnes. De plus ce livre montre vraiment l’évolution de la mère vis-à-vis d’elle-même et vis-à-vis du monde qui l’entoure, cela est amusant de voir le changement. Ce récit est court comporte un humour intelligent. L’amour de ses fils pour leur mère rend ce livre encore plus émouvant. Je suis impressionnée par l’énergie dont cette femme a dû faire preuve pour pouvoir quitter son environnement.
5 mots :
-Drôle: L’attitude de la mère (par exemple lorsqu’elle parle aux objets ou bien, lorsqu’elle apporte a manger à la radio...
-Emouvant: La relation entre les fils et la mère.
-Courage: Le courage de la femme qui arrive à changer sa vie. Par exemple au début elle ne sort jamais de chez elle, elle ne connaît rien à la vie extérieure. Et à la fin, elle y arrive et même va rejoindre son fils.
-Fierté: Ses fils sont quand même fiers d’elle malgré le fait qu’elle ne connaisse rien.
-Sans complexe: cette femme assume qui elle est.
Suggestion d’un autre titre: Hommage à ma mère
J’ai choisi ce titre parce que deux fils racontent leur mère. On voit au début que ce sont ses fils qui la transforment. A la fin, c’est l’inverse, c’est elle qui se prend en charge toute seule.